Quelques considérations sur l'édition "aux trois V verts" des Mémoires de Sully

Quelques considérations sur l'édition "aux trois V verts" des Mémoires de Sully

Quelques considérations sur l'édition "aux trois V verts" des Mémoires de Sully

Imprimerie particulière du château de Sully

Cette imprimerie fut établie, vers 1637, au château de Sully (en Orléanais) et un libraire, ou plutôt un imprimeur d'Angers qu'on ne nomme pas, fut chargé de la direction de cet établissement, ainsi qu'on le voit par des notes manuscrites d'un sieur Pichery, notaire royal à Sully, qui a passé le contrat entre le duc de Sully et cet imprimeur. Ce notaire a donc reçu du duc un exemplaire de ses Mémoires sortis de l'imprimerie en question. Mais l'ouvrage n'y a pas été imprimé entièrement ; les deux premiers volumes seulement sont sortis de cette presse particulière, en 1638. Voici une copie exacte du titre de chaque volume :

« Mémoires des sages et royales œconomies d'Estat, domestiqves, politiqves et militaires de Henry le Grand, l'exemplaire des Roys le Prince des Vertus, des Armes et des Lois, et le Père en effet de ses Peuples François. Et des servitvdes vtiles, Obéissances convenables et administrations loyales de Maximilian de Béthune, l'vn des plus confidens, familiers et vtiles soldats et serviteurs du grand Mars des François. A Amstelredam, chez Aleshinographe de Clearetimelèe, et Graphexechon de Pistariste à l'enseigne des Trois Vertus couronnées d'amaranthes (1638). 2 vol. in-fol., le premier de 535 pag. Et le second de 463 et non de 459, comme il est inscrit par erreur typographique. »

La grande vignette qui est au milieu du frontispice offre trois VVV coloriés en vert, au-dessous des branches desquelles sont inscrites les trois Vertus : Foy, Espérance, Charité ; le tout surmonté d'une grande couronne d'amarante.

On trouve par duplicata, p.479 et p.488 du premier volume, un Avis au Lecteur ainsi conçu :

« Ami lecteur, n'ayant point encore pour cette œuvre obtenu de privilège, nous avons été contraints de faire cette présente impression en une maison particulière, laquelle nous a osté le moyen de corriger plusieurs deffauts qui se pourront trouver aux dattes et transpositions de quelques Lettres et Discours ; ainsi ces vers latins ont esté faits d'une Lettre romaine, n'ayant pu recouvrer un caractère italique : ce que vous excuserez en espérant que nous ferons mieux à la seconde impression. Adieu. »

Vers la fin du second tome on annonce qu'il y aura encore un ou deux volumes, le premier prennant son commencement à celui des affaires de l'année mil six cent et six, où se verront la fin des défections de Messires de Biron, comte d'Auvergne, Bouillon et leur sequelle. »

Les deux premiers volumes ne contiennent donc pas des événements de 1570 à 1610, comme le disent plusieurs Bibliographies, mais de 1570 à 1605 inclusivement. Ils ont paru en 1638 ; cette édition s'appelle l'édition aux trois V verts, à cause de la vignette du frontispice dont nous avons parlé plus haut.

Les deux autres tomes, contenus en un volume, ont été imprimés à Paris, chez Augustin Courbé, en 1662, en sorte que le tout forme 3 vol. in-fol. - Dans quelques exemplaires le titre est changé ; on y lit : Mémoires de ce que nous quatre qui avons été employés en diverses affaires de France, sous Monseigneur le duc de Sully, avons pu sçavoir de sa Vie, Mœurs, Dicts, Faicts, Gestes et Fortune, et de ce que luy-mesme peut nous avoir appris de ceux de notre valeureux Alcide, le Roy Henry le Grand, depuis le mois de may 1610, qu'il laissa la terre pour aller au ciel.

Ces Mémoires, en général, qui commencent en 1570, passent pour être sortis de la plume de Sully, quoique, dans l’Épitre liminaire, il soit dit que six de ses secrétaires (d’abord deux, puis quatre), les ont composés par son ordre sur certains Mémoires et Papiers qu'ils avaient ramassés. L'auteur en a-t-il agi ainsi pour dire avec plus de liberté ce qu'il pensait, ou bien pour justifier son style qui n'est pas toujours uniforme ? C'est l'opinion du savant Lévêque de la Ravalière ; mais l'abbé de Longuerue prétend qu'elle n'est pas fondée. N'en pourrait-on pas dire autant de celle de Guy Patin, qui dans sa 34e Lettre, t.I, avance que « l'édition de 1649 a été fort châtrée, par ordre de M. le Prince (de Condé), qui en a donné deux cent écus afin qu'on en ôtat ce qui étoit contre la naissance de son père ? »

Jean Le Laboureur a donné l'édition de Paris, 1664, avec une suite qui renferme les événements depuis 1610 jusques en 1628. Voir pour les diverses éditions des Mémoires de Sully, l'excellent article de M. Brunet, dans son Manuel, t.III, pp.392-393.

Maximilien de Béthune, baron de Rosni, duc de Sully, né en 1559, est mort dans son château de Villebon, au pays Chartrain, le 21 décembre 1641.

Nous ajouterons que le nom de cette famille, qu'il a rendu si illustre, s'est éteint en 1807. Nous trouvant à Saulieu (Côte-d'Or), le 30 mais 1829, pour y inspecter le collège, nous avons visité le cimetière près l'église de Saint-Saturnin. Un monument funéraire très-moderne attira nos regards ; c'était une petite pyramide élevée sur un piédestal et surmontée d'une croix ; une des faces de cette pyramide portait l'inscription suivante :

ENTRAILLE

DE MAXIMILIEN-ALEXANDRE DE BÉTHUNE SULLY

DERNIER REJETON

DE MAXIMILIEN DE BÉTHUNE SULLY,

MINISTRE ET AMI DE HENRI IV.

DÉCÉDÉ A SAULIEU, LE 23 SEPTEMBRE 1807,

ÂGÉ DE XIII ANS.

Ce jeune seigneur voyageait ; il est mort à l'auberge en passant dans cette ville. Ses entrailles ont été inhumées sous cette pyramide, et son corps a été envoyé à ses parent pour être déposé dans le tombeau de famille.

Gabriel Peignot

Notice extraite des Recherches sur les imprimeries clandestines et particulières, reproduit dans le tome premier des Archives du bibliophile, Paris, Claudin, 1858

Disponible à la Librairie Hic Sunt Dracones : les Mémoires de Sully s.d. (c.a. 1650) 2 tomes en 1 vol. IN FOLIO

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