La bibliosmie : pourquoi aimons-nous (parfois) l’odeur des livres

La bibliosmie : pourquoi aimons-nous (parfois) l’odeur des livres

Vous est-il déjà arrivé d’ouvrir un vieux roman et de rester quelques secondes à en respirer l’odeur avant même de commencer à lire ? Ce plaisir discret porte désormais un nom moderne (qui fleure bon la pathologie honteuse) : la bibliosmie.

Qu’est-ce que la bibliosmie ?

La bibliosmie désigne l’amour (ou l’attirance particulière) pour l’odeur des livres, en particulier des livres anciens. Le mot vient du grec biblion (livre) et osmē (odeur).

Ce phénomène n’est pas qu’une fantaisie de lecteur nostalgique : il repose sur des bases scientifiques, chimiques… et émotionnelles.

Pourquoi les livres sentent-ils ainsi ?

L’odeur caractéristique des vieux livres provient principalement de la dégradation chimique du papier. Le papier traditionnel contient :

  • De la cellulose
  • De la lignine (présente dans le bois)
  • Des colles et encres

Avec le temps, ces composants se décomposent et libèrent des composés organiques volatils, parmi lesquels :

  • La vanilline, qui donne une odeur douce, vanillée. Les notes vanillées et boisées sont naturellement perçues comme réconfortantes. Ce qui explique de les fabriquant de parfums d’intérieur aient recours à ces mêmes accords. Jusqu'à en faire des bougies spéciales « parfum vieux livre » (souhaitons qu'il s'agisse du parfum du vieux livre avant qu'il n'ait brûlé par la faute de la flamme vive de ladite bougie...)
  • Le benzaldéhyde, qui donne une note d’amande ou de noyau de cerise (qu'on retrouve notamment dans le parfum des colles blanches de notre enfance).
  • Le furfural, qui donne une senteur légèrement sucrée, employée en parfumerie pour reconstituer des odeurs de chocolat, de café, de noix ou de pain.

C’est ce mélange subtil qui donne cette impression chaleureuse et légèrement sucrée que beaucoup associent aux bibliothèques anciennes.

Les livres neufs

L’odeur des livres neufs est différente. Elle provient :

  • Des encres d’impression
  • Des colles industrielles
  • Du papier traité chimiquement

Elle est souvent perçue comme plus “fraîche”, plus marquée, parfois légèrement chimique. Mais tout aussi appréciée par certains lecteurs.

Le pouvoir de la mémoire olfactive

L’odorat est directement relié au système limbique, la zone du cerveau liée aux émotions et aux souvenirs. L’odeur d’un livre peut évoquer l’enfance, les bancs de l'école, l’atmosphère d'une bibliothèque municipale ou familiale. Parfois également le tabac fumé par un aïeul disparu.

De la même manière que certains lieux connus, dont notre cerveau conserve la mémoire olfactive, les livres sont également les véhicules des souvenirs. Parfois agréables. Mais pas toujours. Car le bibliophile fouineur de greniers le sait bien : il est parfois fort hasardeux de fourrer son nez dans un livre auquel on n'a pas été présenté... Car si les pages d'un livre peuvent restituer le parfum d'un passé chéri ou rêvé, elles savent aussi rendre en odorama les reliefs d'un jadis pas toujours heureux (l'humidité des champignonnières, le pétun froid d'un fumoir mal aéré, voire même l'urine de quelque mammifère non identifié.)

Prudents, nous nous contenterons donc de conseiller à quiconque désire jouir du parfum des vieux livres, d'acheter des vieux livres. De les conserver à l'écart de l'humidité et des mammifères... et de laisser les bougies aussi loin que possible de leur bibliothèque.

Librairie Hic Sunt Dracones
Livres anciens et d'occasion
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